Histoire d’un séjour dans une entreprise de haute culture Arrivée Entretiens controversés. Déclinaison de mon adresse à Paris. De la date de mon arrivée en France et de celle de ma naturalisation. De mes écarts de parcours. Présentation de leurs projets. Dont ils étaient fiers. Contents donc d’en parler. Promesses d’intervenir sur beaucoup d’entre eux. Sans début et sans fin, j’ai navigué à vue, j’ai donné un coup de main à gauche et à droite sans jamais prendre la barre, enfin j’ai contribué au bien être des hôtes dans ce sens qu’ils se sentaient encore plus dedans en me gardant à l’extérieur tout en m’accueillant. Départ Je leur ai laissé un mot de départ : Merci pour votre accueil. Il fut grandement souriant et parfois même un tantinet chaleureux. Vous êtes une grande famille et votre entreprise est son foyer. Vous consommez au lieu de travail ou, autrement dit, vous y prenez plaisir. La boîte est pour vous une extension de votre salon. Vous soignez vos habits d’un classique légèrement rajeuni que vous portez avec aisance. Personnellement je vous imagine aussi bien en robe de chambre, en soie, que vous sauriez porter avec la même aisance et élégance. L’aisance se retrouve aussi dans tous vos gestes, doublée d’une quasi-perfection, l’image d’une bonne maîtrise intérieure et d’une forte éducation. Regarder les gens droit dans les yeux quand on leur dit bonjour, ce n’est qu’un exemple. Une maîtrise avancée du verbe, ç’en est un autre. A l’appui l’art de l’esquive et du remplissage des vides inhérents ou voulus, avec des phrases neutres tintées parfois d’une esquisse d’humour, vous écartez toute confrontation directe, fût-elle bénigne ou moteur d’avancement. Autant dire que la forme est soignée. Mais le fond aussi. Car toute confrontation déclarée enlève quelque chose à l’harmonie du tableau, dérange le rythme paisible du cours du temps et risque de faire bouillonner par moment des esprits calmes par éducation. Quand la confrontation est pressentie la phrase maîtresse est « il est urgent d’attendre », et la confrontation est déléguée, externalisée, sous-traitée. Elle n’a pas sa place au siège, sur les plateaux de travail habillés avec tant de raffinement. Elle n’est pas de bon ton et on sait que c’est le ton qui fait la musique. Alors que la musique à l’intérieur du temple nous rappelle les promenades avec les dieux sur les champs élyséens avant la chute des nos âmes sur terre. C’est sur ce fond d’harmonies que retentissent des mots d’ordre comme l’exigence, la responsabilité, le professionnalisme, le savoir être, enfin le bien être. Vous gardez ce dernier pour vous et sous-traitez le reste. Pour être des vôtres il faut être … comme vous. De l’apparence à la plus tendre matière, bon chic bon genre, ouest parisien et sous-traiteur. Gardien du temple et de sa paie. Dans le rythme doux de sa musique de fond. Pas d’excès, ni de travail ni de rigueur, car tout va bien comme ça. Je repars dans le monde « d’en bas », celui de la confrontation, du courage, du labeur, de la spontanéité, de la jouissance non cachée. Un autre lieu commun. Je laisse mon masque sur mon bureau et derrière lui ce mot de départ. Gardez vos masques, ils vous défendent de ce bas monde et de ses réalités.
Séjour
Merci encore pour cette représentation authentique d’une réalité qui n’a jamais réussie à se dépasser.