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La mairie de Paris, Delanoë et paradis parisien

 
L’ARCHE DE(LA)NOE

Il était une fois un monde en plein mouvement, conquérant et prêt à tout pour se dép(l)asser.

Au 20-e siècle fleurissaient dans ce monde des moyens de transport ainsi que des infrastructures mirobolants.

Les gens, pour les avoir développés, les avaient assimilés à leur vie en en jouissant passablement.

Mais, on aurait inscrit dans le livre de la Genèse, dans les années 5 760, qui correspondent dans l’ère commune au 21-e siècle, Dieu considéra que les humains ont dépassé encore une foi les bornes…kilométriques et que les élans des mortels étaient devenus trop motorisés.

Ainsi Il appela Noé et de lui demanda de lui proposer une ville sur la Terre où il ferra montre de sa diluvienne colère.

Noé désigna un proche de sa famille et ….l’ires die s’est abattue sur les terres chrétiennes et plus précisément sur la ville de Paris. Why me ? s’écriaient les habitants de cette ville qui n’avait jamais glissé véritablement sur les pentes de l’excès. Mais, il paraît que ce Noé des temps modernes était dépositaire d’une certaine savoir-faire en matière de flottaisons de tout gendre car, sur le fronton de son entreprise demeurait inscrit, précisément : fluctuat nec mergitur.

Le Seigneur demanda à son serviteur d’affréter un bateau dans lequel seraient embarqués que deux espèces : les chiens, et les humains se déplaçant sur leur propres membres, éventuellement prolongés à cet effet par des roues libres. Les autres espèces, lions, gazelles, jaguars et autres losanges, eh bien, étaient toutes vouées à …. bel et bien disparaître.

Ainsi le fidèle - infidèle s’est mis à l’ouvrage. Il fit monter des barricades et des chicanes. Il fit remonter d’une couche l’asphalte afin de le rendre aux espèces par Lui choisies. Il commença son formidable chantier avec les abords des gares. Puis les grands axes, oh combien trop excessivement fluides, reliant au centre ville ces cathédrales promouvant un mouvement d’un autre type mais toujours aussi motorisé, donc oh combien maudit. La ville devait à tout prix être mise à l’abri des invasions barbares.

Pour que la colère divine puisse frapper par surprise, notre Noé, qui ne manquait pas de style ni de rhétorique, déclara à toutes espèces confondues que tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes et que, précisément, le nouveau monde ressemblera comme deux goûtes d’eau non polluée au paradis primordial. En prime, une formidable forme physique promis aux futures marcheurs, car, à la différence de ce paradis perdu qui tenait dans un mouchoir de poche, Paris avait atteint une taille olympienne.

Pour laisser aux mortels le temps de réflexion et surtout de conversion à sa religion, le per pedes apostolorum, il fit durer loooongtemps ses chantiers. Pour le cas où, les mortels eussent donné des signes d’insoumission ou d’intempérance, Noé avait préparé une arme terrible : le ralentissement, voire l’arrêt intégral de la seule espèce motorisé tolérée, mais bannie sous la terre. Car il était sensé contrôlé, par le biais de sa paroisse, ces derniers rescapés de la colère divine.

Ainsi l’homme par Lui choisi fit de son mieux. Puis le déluge arriva. Peu à peu, subrepticement, comme une coulée douce. Les mortels parisiens commençaient à être saisi par les flots. Les espèces condamnées se débattaient péniblement dans une agonie apparemment irréversible. Les espèces par Lui choisies à continuer la vie sur Terre commencèrent par se féliciter : les chiens, pour les plus larges étales de leurs déjections et les pédestres pour leur écrasante victoire contre la virilité affichée par les avancées des techniques de la motorisation.

Mais, dans cette atmosphère à parfums idylliques, un air lourd commença à s’insinuer. Un air lourd des gaz d’échappement. Mais comment ? Dieu appela Noé et frappa du poing sur la table. Noé, cet épigone, n’a pas suivi à la lettre la volonté divine. Depuis le père Noé, quatre millénaires d’exercice dans l’art du péché ont rendu les espèces, toutes confondues, comment dirais-je ? …beaucoup moins fidèles et …moins obéissantes à la morale de décideurs de ce monde. Et Noé, le notre, lui, il était comme nous tous : un fidèle – infidèle. Il eut l’idée de laisser, systématiquement, une voie et une seule pour les automobilistes. A la base de cet écart de la volonté divine se trouvait un plaisir caché, peut-être un peu pervers, de savourer l’agonie des automobilistes dans les pires douleurs : les filtrer dans des fils capillaires ridicules et écrasés par la somptuosité des trottoirs.

La pression publicitaire de l’industrie automobile, sans entrave divine ou représentative, la manque de solutions de remplacement dans un avenir proche, comparable à la durée d’une vie humaine, ainsi que d’autre éléments subjectifs, ont fait découvrir aux parisiens des premiers jours du déluge une volonté de survie inattendue de ces animaux à explosion mis à l’étroit. Une pulsion de vie, de continuer à aller travailler, de ne pas se figer, s’affirmait au fur et à mesure que le temps passé en voiture s’ allongeait considérablement, tout comme la teneur en dioxines de l’air.

Notre épigone avait coupé toutes les têtes de la hydre, sauf un. Point de l’éternel retour. Puis il prit sa retraite. Il s’éloigna de Paris. Vers le Sud, avec ses vrais plages.

Derrière lui, le déluge.

De l’eau est passée sous les ponts de la Seine, mais pas pour très long temps, car, tout en gardant l’espoir dans un monde meilleurs, les parisiens ont décidé d’effacer la terrible tentative générée par cette vague de l’histoire, généré probablement à son tour par une profonde appréhension d’un nouveau millénaire et, qui se voulait joyeux comme les autres….et ils ont réouvert les chantiers au cœur de leur ville. Cette fois-ci pour se désengorger de l’air lourd d’une circulation paralysante.

Et ils vécurent heureux jusqu’au prochain déluge.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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