FERDYDURKE OU COMMENT ENTAMER SA PSYCHANALYSE
Quel délirant patchwork de récits pour le lecteur non-avisé. Quelle formidable cohérence d?une suite d?actes d?une unique pièce qui traite d?un simple sujet : la personnalité et ses profonds moteurs et mécanismes.
Le lecteur bien avisé rentre vite dans le monde de ce roman qui se révèle aussi tôt comme leur monde, propre et intime. Dans la foulée et hypnotisé par un style choisit à dessein, le lecteur entame inconsciemment sa propre et véritable psychanalyse. Il replonge dans son enfance et revit des scènes entières et les sensations qui les accompagnaient reviennent intactes.
En lisant Ferdydurke le lecteur revisite sa propre vie, son devenir, d?abord en s?emboîtant le pas, puis en prenant le recul avec un sourire rempli de la plénitude d?une révélation doublée d?un soulagement.
Le tout rythmé par un verbe qui s?adresse directement à son inconscient ou à son préconscient et qui peut paraître bizarre à son esprit conscient, à moins qu?il ne soit déjà acquis à ce type de communication qui vient toucher directement les sens et, par eux, l?intuition. L?intuition en tant que synthèse des sensations présentes ou rééditées et des raisonnements empilés par le passé (l'intéligenge dynamique, en mouvement).
Cette grandiose symphonie des formes nues et réelles (gueules, mollets et petits doigts), des lieux communs (la cour de récréation, l?auberge) et de représentations collectives quasi-mythiques ( les maîtres - de l?esprit, des relations privés, des relations publiques - et leurs sanctuaires, la compote barbotée ? ou la bouillie primordiale), avec des pointes de dérision sublimes que l?auteur impose sans la moindre trace d?effort à son lecteur qui s?y donne à c?ur joie, en transe, émerveillé. C?est là que le lecteur atteint une vraie intimité avec son inconscient, son préconscient et avec l?auteur qui devient son psy traitant, caché derrière ses signes en encre noir.
Enfin, la lecture de Ferdydurke est une partie de pur plaisir qui rend le travaille si redouté d?introspection un jeu d?enfant. Mais, pour arriver là il faut passer par le ? cucul.
Vivement le cucul, laissez glisser vos masques, retour à vous-enfant et? à la lecture de Witold Gombrowicz !